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Prédication du 25 novembre 2012

Thomas Wild

Prédication / Texte de prédication : Ephésiens 1/1.8b-14
1   Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu’il aime ;
8 [ Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.] Vivez en enfants de lumière.
9  Et le fruit de la lumière s’appelle : bonté, justice, vérité.
10  Discernez ce qui plaît au Seigneur.
11  Ne vous associez pas aux œuvres stériles des ténèbres ; démasquez-les plutôt.
12  Ce que ces gens font en secret, on a honte même d’en parler ;
13  mais tout ce qui est démasqué, est manifesté par la lumière,
14  car tout ce qui est manifesté est lumière. C’est pourquoi l’on dit : Eveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi le Christ resplendira.

Il m’est une fois arrivé de sortir très fâché d’un baptême que je venais de célébrer. Car le parrain, au lieu de dire le texte sur lequel nous nous étions mis d’accord pour ses engagements, a cru malin de dire au bébé « que la force soit avec toi », ses références culturelles se situaient d’avantage du côté de la « guerre des étoiles » que du côté de l’évangile. En y réfléchissant, je me suis dit qu’en fait, George Lucas, l’auteur de cette série de films, s’est inspiré de la Bible et aussi d’autres mythologies anciennes. Car tout au long des six épisodes de sa saga, c’est la guerre entre la lumière et les ténèbres, entre le bien et le mal, entre la force sur laquelle sont branchés les gentils mais costaux chevaliers jedi, et le côté obscur de la force, dont le méchant dark vador est le représentant. Pour que le spectateur ne s’y perde pas, on a fait simple : les bons sont habillés de blanc, et les méchants tout en noir. C’est vrai que obscurité et lumière servent de manière universelle à décrire le bien et le mal : sur le site de l’ACO, j’ai mis en exergue une phrase qui me plaît beaucoup, Au lieu de se plaindre de l'obscurité, mieux vaut allumer une lumière ! Même si la phrase est de Confucius !

Laissons-là ces mythologies ancienne et moderne et revenons à notre texte, qui, à sa manière, dit ce combat entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres. Dit-il quelque chose de spécial ? Car certains s’empresseraient pour répondre négativement, et dire que le christianisme n’est qu’une variante de cette morale universelle qui consiste à faire le bien, à allumer des lumières dans l’obscurité… et que, chrétien ou pas, on peut le faire. Que c’est le choix et la liberté de chacun.

Là, je veux faire intervenir le témoignage du pasteur Bchara Moussa Oghli. Il vit dans l’un des endroits qui souffre le plus de la noirceur du monde et des hommes, à Alep, où il dirige la Church of Christ, projet majeur de l’Action Chrétienne en Orient. Des bombes tombent au hasard. Des amis sont morts. D’autres ont été enlevés. Des logements, des voitures sont détruits. Le prix des denrées de base explose. La haine répand son poison, nourrie par le sang des victimes.

Chaque semaine, en signe d’amitié et de solidarité, il reçoit un verset de Psaume. Il a répondu il y a 10 jours à l’ACO :

Que pourraient me faire des humains ?» (c’est le Psaume)
ils peuvent faire beaucoup de choses
mais jamais ils n’atteindront leur but
chasseurs capricieux,
munis d’armes sophistiquées
pourvus de munitions abondantes
ils ont tiré et tiré à nouveau
ils ont tué et nui,
pourtant jamais ils ne sont satisfaits 
ils sont tout le temps sur les nerfs et agressifs
parce qu'ils manquent toujours leur proie

Je vous ai dit que Jésus est vraiment libre, hors de portée
et nous ne pouvons qu’être parmi ceux qui sont en quête d’espérance
Il dit à sa manière poétique et prenante ce que notre passage dit aussi : même les combattants les plus déterminés ne peuvent supprimer l’envie de liberté et l’espérance qui viennent du Christ, même la noirceur la plus totale peut être vaincue par la lumière de l’espérance. Jésus, source de liberté, a passé par la croix, il ne pourra plus jamais être englouti dans les ténèbres du désespoir, et c’est aussi vrai pour ceux qui le suivent. Car nous sommes enfants de lumière, auxquels Dieu a montré son amour dans le Christ ! Bchara et Paul n’étaient pas dans des situations si différentes : Paul a probablement dicté cette lettre alors qu’il était en prison à Rome, dans les années 60-63. Ce ne sont pas de gentils textes, écrits dans un bureau bien chauffé, bien à l’abri des dangers que recèle ce monde. Et ils en prennent d’autant plus de vigueur.
 
Je sais quelles sont les ténèbres qu’il me faut combattre, ici et ailleurs, je pourrais bien entendu citer le racisme, l’injustice, l’immoralité, je préfère aussi parler du repli sur soi, la tristesse et l’amertume devant les difficultés de la vie, la résignation devant la noirceur du monde, le doute sur ma place et mon utilité dans ce monde. Mais tout cela n’a plus lieu d’être, car c’est le Christ Ressuscité qui désormais remplit ma vie de joie et de lumière. Il éclaire les recoins sombres de mon existence et de ce monde. Il me donne cette base solide sur laquelle je peux me fonder et prendre les risques de l’accueil, de la solidarité, tout en restant bien conscient des limites de mon action et sans me croire tout-puissant ! C’est avec ce que je sais faire, ce que j’ai reçu, ce que je suis que je suis appelé à m’investir, à partager, à stocker de l’huile (pour revenir un moment dans l’Evangile d’aujourd’hui).


Il y a bien entendu des personnes d’autres religions, ou sans religion, qui agissent avec amour et intégrité dans ce monde, heureusement ! Mais lorsque l’on se sait aimé de Dieu, lorsqu’on se sent aimé de Dieu, ce n’est plus un choix, une option, il n’y a plus d’excuse pour agir autrement ! Et là, l’expérience d’autres chrétiens, qui vivent dans des situations différentes, difficiles parfois, avec lesquels j’ai des relations de fraternité et de partage, peut être un puissant moteur pour avancer dans ce projet peut-être utopique, mais qui donne de la saveur, du contenu et du sens à l’existence.

Revenons un moment à la Syrie. Mes sœurs et frères, mes amis là-bas vivent dans l’incertitude du lendemain. S’ils n’ont pas particulièrement souffert du régime Assad, ils n’ont pas non plus eu de grands privilèges, ils jouissaient juste des droits de l’homme basiques. Les deux Eglises avec lesquelles l’ACO travaille ont eu des attitudes différentes et complémentaires. Le Synode arabe a décidé d’organiser un soutien aussi grand que possible aux personnes déplacées à cause de cette guerre civile, il a également inscrit à son budget la rénovation des bâtiments gravement endommagés de Homs. Un vrai signe d’espérance. L’Union des Eglises Evangéliques Arméniennes a choisi d’attendre, et ses pasteurs font tout ce qu’ils peuvent pour continuer leur travail sur place, ce qui est aussi un signe d’espérance qui est loin d’aller de soi : car innombrables sont les personnes qui fuient le pays. On ne peut pas les blâmer, car personne n’a envie de vivre dans l’insécurité et de voir ses proches tous les jours exposés au danger. Mais rester est un témoignage très fort, d’appartenance à la communauté nationale, tellement mise à mal, d’espérance en l’avenir, en la vie… Les uns et les autres savent que nous prions pour eux, ils prient aussi pour nous ici ! Et ils savent qu’ils peuvent compter sur notre soutien.

Nous célébrons la fête du don. Nous ne sommes pas appelé à sacrifier des bêtes, ou à nous sacrifier nous-mêmes, mais à partager ce que nous avons reçu. Un partage de nos vies, de nos expériences, dans nos prières, aussi un partage de nos moyens financiers.

Dans la première Église, les non-chrétiens étaient surtout impressionnés par le témoignage donné par les croyants et qui consistait en l’amour qu’ils avaient les uns pour les autres. « Voyez comme ils s’aiment », disaient-ils. Par nos dons, nous pouvons montrer cet amour pour l’Église au près et au loin, pour notre communauté et pour le monde.


Amen.